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Sophie HoudartAnthropologie des sciences et des techniques

Médaille d’argent du CNRS

Membre du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (LESC, CNRS / Université Paris Nanterre) depuis 2002, Sophie Houdart a fait de l’exploration des sciences et des techniques son terrain d’enquête anthropologique favori. Cabinet d’architectes, laboratoire de génétique, collisionneur de particules : elle a fait d’objets « à la lisière de la culture » des objets centraux pour comprendre la fabrication des savoirs et des mondes contemporains. Elle n’a cessé depuis vingt ans de questionner et réinventer ses méthodes, nouant un dialogue fécond avec d’autres sphères, scientifiques comme artistiques. Déjà lauréate de la médaille de bronze du CNRS en 2006, elle est directrice de recherche CNRS depuis 2016. 

« Comment sait-on ce que l’on sait ? Qu’est-ce qui met les gens au travail ? Comment se construisent des savoirs sur le monde, et comment deviennent-ils partageables ? » Tels sont les questionnements qui animent l’anthropologue Sophie Houdart depuis son intégration au LESC en 2002. 

Le Japon est son terrain principal. Les tensions entre technicisation et rapports d’être au monde et à la nature y sont particulièrement lisibles. Ses travaux prennent un tournant majeur en 2011, avec la triple catastrophe de Fukushima. À partir d’une enquête menée dès 2012 auprès de résidents et d’agriculteurs confrontés à un monde bouleversé, elle développe une réflexion sur les manières d’habiter des territoires nucléarisés, prolongée aujourd’hui à La Hague, dans le Cotentin (France), et à Rokkasho, au Japon. 

L’anthropologie que défend Sophie Houdart est résolument empirique, attentive au soin mis dans les gestes et les mots pour faire face à l’incertitude. « Dans un contexte de bouleversements écologiques et technologiques, il s’agit de se doter d’outils capables de décrire au plus près ce qui arrive, sans surplomb, afin de renouveler les manières de penser les devenirs humains. » Sa démarche se veut descriptive plutôt qu’analytique, « de manière à ne pas faire entrer les situations dans des catégories préétablies, et faire honneur à la manière dont les personnes formulent ce qu’elles traversent ». 

Très investie dans les dynamiques collectives, elle coordonne actuellement le projet ANR « REX – Retours d’expérience » (2024-2026), autour des savoirs acquis en matière de risques technologiques. Elle est également co-porteuse du réseau de recherche international FISSION – Forum In the Social ScIences On Nuclearity (2024-2029), qui porte sur la relance de la filière nucléaire dans une perspective comparative. Elle contribue enfin au programme canadien CIFAR « Future Flourishing » (2023-2028), un collectif interdisciplinaire intéressé par la fin de l’exceptionnalisme humain. 

Outre la création et l’animation de l’atelier de recherche CréaLab et d’une permanence d’écriture pour les doctorants à l’université, sa participation à de nombreuses expositions, conférences et émissions radiophoniques témoignent de son rayonnement en direction de la société. Avec le collectif hybride Call It Anything, elle développe depuis 2012 des projets d’enquête avec des artistes et des élèves, offrant un prolongement à l’anthropologie hors du seul monde académique. Autant d’actions engagées et novatrices qui connectent des questions fondamentales de l’anthropologie aux enjeux liés aux risques socio-environnementaux contemporains. 

« À plusieurs moments de ma carrière, je me suis retrouvée à travailler sur des objets un peu à la marge. Cette médaille reconnaît sans doute ces pas de côté, et cette capacité à redéployer mes méthodes et à m’ouvrir à d’autres manières d’enquêter et de restituer. »